Ville de Beaune

L’épidémie « espagniole » de typhus de 1811

Il existe aux Archives municipales de Beaune deux courriers échangés avec M. le Maire Jean-Baptiste Edouard, et relatant un fait aujourd’hui oublié, l’épidémie de typhus de 1811.

Le courrier d’un sieur Sélonier, datant du 6 décembre 1811 est sans appel. Le maire de Beaune doit réagir car la ville est en proie à un début d’épidémie. Sélonier est chargé des prisonniers espagnols, alors dirigés en France suite à la guerre qui opposait Napoléon Ier au roi d’Espagne Charles IV. Ce dernier ayant abdiqué en faveur de l’empereur en 1808, les sujets espagnols s’insurgèrent de l’abandon de la couronne au frère de Napoléon, Joseph.

C’est ainsi que Beaune fut choisie comme l’un des points d’accueil des prisonniers en provenance d’Espagne. Cependant, durant l’année 1811, Sélonier expose dans son courrier adressé au maire Jean-Baptiste Edouard : « il a passé à Beaune cinquante-cinq passage de prisonniers de guerre formant ensemble 3740 prisonnier espagniole presque la moitié malade de galle fièvre et autre maladie, je restois obligé avant d’entrer dans les caffernes de bruler du chenaivre (genièvre) pour faire evaporer la mauvaise odeur. »

Déjà à Saragosse et dans d’autres villes d’Espagne l’épidémie s’était abattue sur les troupes. A Beaune, le général Veaux annonçait l’arrivée d’un contingent, dont une centaine d’officiers les 18 et 20 septembre. Ces derniers, ainsi que les sous-officiers, dormiraient chez l’habitant. Les soldats, eux, seraient cantonnés dans le couvent des Carmélites aménagé à cet effet. Trois mois plus tard, les maladies apparurent. Dans son ouvrage Les rues de Beaune, Charles Aubertin décrit le spectacle : « l’arrivée des charrettes où gisaient entassées sur la paille, dévorés par la fièvre et la vermine, ces malheureux étrangers (…), il en décédait en moyenne une dizaine par jour ». Le faubourg Madeleine vit se dresser en son extrémité un hôpital provisoire en planches. Pourtant, malgré la prévention et les soins apportés par les médecins et les sœurs hospitalières, la maladie dite « des espagnols » se communiqua en ville et quelques Beaunois en furent également victimes.

Jean-Baptiste Edouard s’adressa à Gaspard Monge afin que ce dernier demande à son confrère Guyton de Morveau un désinfectant puissant. Les archives détiennent le courrier de réponse signé Monge au maire de Beaune. Il transmet ainsi la formule et les détails techniques d’un procédé de désinfection : « pour une salle de 40 pieds sur 20, on met dans un vase en terre 10 onces de sel commun, 20 onces d’oxyde noir de manganèse et 8 onces d’acide sulfurique. Le sel étant mêlé au manganèse en poudre, on verse dessus l’acide, et on ferme portes et fenêtres, pour ne les ouvrir que 12 heures après ». Dès lors, ce moyen d’assainissement fut mis en pratique au mois de mars 1812, mois où le pic de mortalité fut atteint. Au mois d’avril, la contagion diminua de jour en jour. Le 9 juillet, on estima qu’elle fut terminée. Les prisonniers espagnols, pour ceux qui étaient encore vivants, quittèrent Beaune en 1814, alors que Napoléon abdiquait une première fois.

Sources : Archives de Beaune série H
Esdouhard Paul, Les prisonniers espagnols à Beaune, Beaune 1887. Cote B33.
Charles Aubertin et Charles Bigarne, Esquisse historiques sur les épidémies et les médecins à Beaune avant 1789 – p.154, Beaune, 1885. Cote B187
Charles Aubertin, Les rues de Beaune, Marseille, 1978, réimpression de l’édition de Beaune, 1867. Cote B52.

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