Ville de Beaune

Il y a 100 ans : la déclaration de guerre selon le Journal de Beaune

De quelle manière la presse voyait l’approche angoissante d’une menace de guerre ?

Les Archives de Beaune souhaitent évoquer le déclenchement de la Première Guerre mondial en retranscrivant les impressions de René Bertrand, rédacteur en chef du Journal de Beaune, au sujet de la guerre, du 25 juillet au 4 août 1914. Les dernières lueurs d’espoir d’une paix européenne s’éteignent peu à peu dans les esprits comme le montrent les titres de chacun des articles :

René Bertrand commence par un simple Bulletin le 25 juillet qui n’annonce pas de joyeuses nouvelles, puis le 28 juillet, on passe à l’interrogation ultime « Est-ce la guerre ? » avant le déclenchement des hostilités de l’Autriche sur la Serbie. Le 30 juillet, l’auteur conclut à « une situation critique ». Le samedi 1er août, un résumé est fait des deux jours précédents titré « Vers l’abîme ». Enfin, le 4 août, alors que la mobilisation générale est enclenchée dans le week-end, « La Guerre » est annoncée en première page. René Bertrand, qui écrit durant toute la période de guerre, est un fervent partisan du pacifisme.

Dès le 25 juillet, il reproche à l’Autriche ses envies d’en découdre : « Depuis l’attentat de Sarajevo, l’Autriche menace la Serbie, sous prétexte que le crime aurait été conçu et préparé à Belgrade. Rien n’est moins sûr, mais l’occasion est trop belle pour la Triple Alliance de se livrer à l’une de ses manifestations coutumières qui seraient extrêmement dangereuses pour la paix générale si les autres puissances ne s’efforçaient de conserver leur calme et de remettre les choses au point. » Bien que le conditionnel soit employé dans ses écrits et que les espoirs de paix soient encore à l’ordre du jour, l’auteur préfère prévenir les lecteurs : « L’Autriche envoie au gouvernement de Belgrade un ultimatum péremptoire et lui donne 48 heures pour répondre […] La Gazette de Berlin disait hier que l’ultimatum autrichien ressemble à une déclaration de guerre. ». Les tensions sont fortement ressenties par les populations, on est alors en droit de se demander, comme René Bertrand, « Est-ce la guerre ? ». L’auteur est de moins en moins optimiste : « Nous voudrions commencer cet article par des paroles d’espoir et pouvoir exprimer une parfaite tranquillité d’esprit. Cela ne nous est pas possible : les télégrammes venus de Vienne, de Berlin, de Paris ne peuvent passer pour rassurants. Il règne sur toute l’Europe une fièvre d’angoisse […] ». Néanmoins, des doutes subsistent dans ses écrits : « Est-ce la guerre ? Nous en tirerons-nous cette fois encore comme les précédentes ? L’agression autrichienne se terminera-t-elle aussi paisiblement pour nous que pour les lendemains de Tanger et d’Agadir lesquels ont fini par nous être favorables. »  ; même si l’on fait état d’une grande méfiance dans toutes les nations : « la situation est tellement grave que la France prend des mesures préventives. L’Allemagne est informée et prête, ou bien elle est surprise elle-même et peu enthousiaste. L’Italie voudrait qu’il ne se passât rien. Quant à l’Angleterre, jusque ici, elle se tait et ne bouge pas. ». Le brouillard se dissipe quelque peu alors dans l’article de plein page que Bertrand intitule « Situation critique » le jeudi 30 juillet 1914. En effet, l’avant-veille « l’Autriche a commencé la guerre, elle a envahi la Serbie ; on prétend qu’elle a déjà bombardé Belgrade […] ».

Les jours passent et les articles sur les hostilités se multiplient. A partir de ce jour, les écrits de René Bertrand illustrent l’esprit d’un homme désemparé et désespéré par la situation qui ressemble à une bombe prête à exploser. La paix ne tient plus qu’à un fil bien fragile que seuls deux pays pourraient, selon lui, renforcer : « un dilemme se pose : l’Autriche et l’Allemagne veulent faire la guerre, ou ne le veulent pas. Si elles ont l’intention de provoquer la grande lutte, aucune manœuvre, aucune supplication, aucune menace même ne les empêchera d’arriver à leurs fins. Si elles ne veulent point la guerre, la guerre ne se fera pas. ». L’élan patriotique fait son apparition dans les articles : « La France garde son calme […] Chez nous, la mobilisation n’a pas commencé. Il ne faudrait pas s’en effrayer puisqu’il est certain qu’elle contribuerait puissamment au maintien de la paix. ». Le samedi 1er août 1914, c’est l’heure de la mobilisation générale. René Bertrand ne le sait pas encore puisque l’ordre tombera l’après-midi. Un résumé des dernières quarante-huit heures est proposé. L’auteur pense que l’on se dirige tout droit « Vers l’abîme ». Il délaisse peu à peu l’Autriche pour déverser ses critiques sur l’Allemagne. « Jeudi. L’Allemagne, jusqu’ici, s’est refusée à faire le geste libérateur. Il lui suffirait pourtant d’un mot pour remettre de l’allégresse dans les cœurs que l’angoisse étreint […] Ils veulent donc déchainer la guerre ? La guerre qui ruinera l’Europe et qui peut faire crouler les deux empires ? De plus en plus nous approchons du bord de l’abîme […] Vendredi. D’heure en heure la situation s’aggrave. On prétend que les conversations diplomatiques continuent mais les gouvernements mobilisent en attendant. Et c’est à qui arrivera le premier dans la mise en valeur des moyens de défense […] L’Allemagne pouvait empêcher la guerre en exprimant à l’Autriche son mécontentement. Elle ne l’a pas fait. François-Joseph, au lieu de retirer ses troupes du territoire serbe, écrit au pape pour l’assurer de ses intentions pacifiques ! […] Ainsi, de plus en plus, nous frôlons le bord du précipice. Et c’est le moment que choisit un autre fou – un Français celui-là – pour tuer Jaurès. ».

Enfin, mardi 4 août 1914. L’Europe est en guerre : « Le sort en est jeté. La France n’aura à se reprocher aucune agression, aucun acte de traitrise. Elle a témoigné de son désir de paix et les nations de l’Europe et du monde entier savent que notre pays n’aurait jamais fait la guerre s’il n’y avait été obligé. L’empereur Guillaume II tient le même langage mais ses paroles ne sont que mensonges et hypocrisies […] L’ordre de mobilisation générale a donc été lancée samedi dans l’après-midi et le dimanche 2 août a été le premier jour de la mobilisation. Samedi soir, il restait une mince lueur d’espérance : on pouvait croire que la mise en œuvre de notre défense nationale ferait réfléchir nos ennemis et le gouvernement lui-même […] Il n’en a rien été. L’Allemagne résolue à la guerre, dût-il en coûter des défaites et l’existence même, a commencé hier l’invasion et les hostilités. Chez nous, la mobilisation était admirablement organisée par avance. Elle se fait sans à coups, avec entrain et dans des conditions générales telles que nous avons le droit d’escompter la victoire dans un avenir prochain. »

On connait la suite…

Source : Journal de Beaune 1914
Photographies : Télégramme d’ordre de mobilisation générale
Portrait de René Bertrand 10 Fi 178

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