Ville de Beaune

1721 : Beaune prend des mesures contre la propagation de la peste dite « de Marseille ».

Le 25 mai 1720, un bateau venu de Syrie accoste dans le port de Marseille. A son bord, des marchandises, des étoffes et des balles de coton infestées de puces porteuses du bacille de Yersin responsable de la peste bubo-septicémique. Malgré la mise en place d’un dispositif de quarantaine des marchands et des marchandises, l’épidémie se propage en ville et s’étend rapidement dans toute la Provence. L’information gagne toute la France qui, par ordre du roi Louis XV, prend alors des mesures d’urgence pour éviter l’épidémie nationale. Le maire et les échevins de Beaune, ainsi que les commissaires du Bureau de Santé de la ville rédigent alors, le 21 janvier 1721, un règlement « pour prévenir la contagion qui afflige la Provence ». La maladie n’a, semble t-il, pas progressé en dehors de la Provence à cette date. Néanmoins, Beaune préfère prendre les mesures nécessaires « que la divine providence a inspiré à tous les hommes, et dont l’expérience de tant de siècles a fait connaitre l’utilité ». On garde encore en mémoire les ravages passés que la peste a fait en France et qu’elle fait à cette époque à Marseille. L’on conseille d’abord de s’en remettre à Dieu : « pour se garantir d’un fléau si terrible, le moyen le plus assuré serait de fléchir sa colère par de ferventes prières par la pratique des bonnes œuvres et par un sérieux changement dans les mœurs ». Mais l’on n’oublie en rien les conseils scientifiques et médicaux, plus concrets, qui prescrivent des règles d’hygiène et de « prudence humaine ». Le règlement se compose de vingt-deux articles. Les Archives vous proposent d’en découvrir les extraits les plus significatifs. Tout d’abord, la ville assure à ses habitants une présence quotidienne et des comptes-rendus réguliers sur l’épidémie : « Article premier : Que le Bureau s’assemblera en l’Hôtel de Ville régulièrement deux fois par semaine et extraordinairement toutes les fois qu’il sera jugé nécessaire […] Article 14 : Les sieurs médecins sont invités de s’assembler entre eux incessamment et de faire venir à leurs assemblées les apoticaires (sic) et chirurgiens pour conférer sur la nature et les effets du mal contagieux et aviser aux remèdes les plus propres pour s’en garantir, desquelles délibérations il retiendront un résultat contenant mémoire des drogues les plus utiles […] ». Il est également ordonné aux médecins et apothicaires de vérifier régulièrement les stocks de remèdes et s’assurer de leur renouvellement constant. Une bonne protection se fait d’abord au sein de la ville. D’une part, on met en garde les lieux accueillant tout type de voyageurs et d’étrangers, en particulier ceux se trouvant hors des remparts : « Article 10 : Défenses sont faites à tous les hôteliers et cabaretiers des faubourgs de recevoir et loger en leurs maisons aucun passant ou étranger qu’il ne leur ait apparu d’un billet ou certificat de santé en bonne forme et reconnu pour tel par l’officier de garde. […] Article 11 : Pareilles défenses audits hôteliers et cabaretiers et à tous autres habitants de la ville et des faubourgs de loger ou retirer chez eux aucun mendiant et vagabond ; risquant la peine de 50 livres d’amende contre les contrevenants et, en cas de récidive, d’être expulsés de la ville et banlieue et leurs meubles brûlés audevant de leur maison. ». En outre, on tente par tous les moyens d’établir des règles d’hygiène et de propreté plus appropriées, du moins pour l’époque : « Article 13 : Et comme rien n’est plus capable d’altérer la température de l’air qui contribue si fort à la santé que les vapeurs qui s’élèvent des fumiers, des boues ramassées et croupies, du sang répandu, des tripailles et vuidanges (sic) des animaux tués, des ordures et autres immondices qu’on jette dans les rues ; de même que certains animaux sales et mal propres que quelques habitants nourrissent dans leurs maisons tels que sont les cochons, lappins (sic), canards, oyes (sic), pigeons. Il est deffendu (sic) à tous les habitants de la ville de nourrir et tenir dans leurs maisons ces sortes d’animaux ; ordonné aux traiteurs, bouchers et tripiers conformément au règlement de police, de porter dans les voieries publiques les sangs, tripailles et vuidanges (sic) des animaux qu’ils tueront ou de les jeter dans les tombereaux destinés pour l’enlèvement des boues ». Une visite est effectuée chez tous les marchands, drapiers, merciers, épiciers et droguistes pour le contrôle de leurs marchandises encore sous cordes ou en caisse. Bien entendu, on empêche et on contrôle les entrées suspectes d’hommes et de marchandises, notamment venus des régions du sud : « Article 2 : Qu’il sera étably (sic) à chaque porte de la ville une garde composée d’un officier et de quatre habitants armés de fusils et d’épées […] ». On s’assure donc : « Article 18 : Que toutes les marchandises emballées en en caisse qui arriveront dans cette ville pour le compte des marchands notamment celles qui viendront par la route de Lyon et dont les voituriers ne représenteront point de certificats signés des officiers municipaux ; que les lieux d’où ils proviennent et ont été tirées lesdites marchandises ne sont ni infectés, ni suspects. Lequel sieur commissaire pourra, s’il le juge à propos, faire brûler les caisses, cordes et emballages » ; et l’on surveille même les probables sorties « Article 21 : Les certificats ou billets de santé dont les habitants auront besoin de se munir lors qu’ils voudront faire voïage (sic) leur seront expédiés au nom du Bureau de santé et signés par le secrétaire de l’Hôtel de ville. » afin de prouver que chaque Beaunois sortant de ces murs n’est pas infecté. Notons que les mesures de protection contre l’épidémie de la peste étaient prioritaires dans les quartiers intra-muros de la ville, les faubourgs Bretonnière, Madeleine et autres alentours étant considérés comme seconde zone. La peste de Marseille a fait 120 000 victimes dans toute la Provence, dont 40 000 dans la cité phocéenne. Elle est la dernière épidémie de peste enregistrée en France.

Source : Archives Municipales de Beaune. Carton 88, cote 18.

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