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L’invasion autrichienne de 1815 vue par Henri Clémencet.

Sans doute le Centenaire de la Première Guerre Mondiale nous fait quelque peu oublier qu’il y a deux siècles, la France était occupée par les armées autrichiennes, après les défaites napoléoniennes et l’exil de Napoléon sur l’ile d’Elbe.
Ici, c’est une partie de la seconde invasion qui est décrite, laquelle a eu lieu après les Cent Jours et lors du retour au pouvoir de Louis XVIII. A partir de juillet 1815, un gouvernement est formé avec Talleyrand et Fouché. Les armées impériales sont dissoutes et les troupes alliées se déversent sur le territoire : près de 1 250 000 soldats étrangers occupent 58 départements français. La période est alors marquée par des négociations diplomatiques difficiles et trainant en longueur, mais aussi par un flux des troupes étrangères vivant dans le pays au moyen des réquisitions.
Henri Clémencet assiste, du haut de ses fenêtres et au sein même de sa maison (puisque son logement est, comme beaucoup, réquisitionné pour accueillir des soldats autrichiens) à cette arrivée massive et envahissante. Quelques extraits méritent d’être cités démontrant ainsi l’ampleur de cette invasion et permettant d’imaginer votre ville de Beaune à cette période :
« Les circonstances de ce temps ont paru si extraordinaires et si intéressantes qu’elles m’ont impérieusement remis la plume à la main pour faire un précis succinct et très vrai des événements malheureux arrivés dans notre ville de Beaune à l’occasion de la prétendue retraite des armées autrichiennes sous le prétexte de se rendre au camp de Dijon […] Le vingt sept et le vingt huit septembre mil huit cent quinze, il est arrivé chaque jour environ vingt mille hommes de toute arme et de toute couleur, infanterie, cavalerie, hussards, artilleurs et la confusion était si grande que toutes les places et les rues un peu larges étaient couvertes de soldats. » Clémencet nous indique que durant toute la semaine en question, il eut à loger quelques-uns de ces gens de passage : « Mardi 25, j’avais un homme, une femme et un enfant ; mercredi 26, six hommes logés sans étape ; jeudi 27, six hommes avec l’étape ; vendredi, j’ai deux grenadiers français arrivant de Strasbourg »
L’auteur nous fait part de ses impressions visuelles, mais aussi auditives et olfactives, impressions qui font ressentir toute la confusion qu’un arrivage massif de troupes impromptu peut engendrer : « Le bruit des voitures, des chevaux, des armes trainantes, des trompettes et autres instruments de musique faisaient un bruit infernal : vous auriez cru que des diables trainaient tous les damnés enchainés dans nos rues. […]." N’oublions pas qu’à cette période, on commence tout juste à paver les rues pour une question d’hygiène et de facilité de circulation des moyens de transports. Les pavés produisent un bruit nouveau : celui des sabots de cheval, des roues des voitures, des pas humains, bruit clair et assourdissant. Beaucoup de gens s’en plaignent à l’époque. Clémencet décrit, au milieu de tout ce vacarme, une chose qui peut paraitre banale aujourd’hui, la barrière de la langue : « C’était une confusion qui ne finissait plus : l’un parlait français, l’autre répondait en allemand et dans la conversation on croyait s’entendre mais il n’en était rien. On haussait les épaules, on s’emportait de colère et de dépit, on était obligé de jouir des pantomimes : les signes furent employés pour suppléer au langage et pour accélérer les opérations. […] » Cette foule doit être accueillie comme il se doit : « Il fallait des vivres : on ne pouvait les tirer que de la campagne. ». C’est une nécessité. Néanmoins, Clémencet s’indigne de la façon dont on fournit la viande dans les rues beaunoises : « Les vaches […] on commençait par les abattre sur les places, les quartiers de la bête étaient étendus dans les endroits les plus sales […] Les bourreaux qu’on nomme bouchers, à coups de hache la charognaient. Les tripailles et toutes les curées étaient trainées par les chiens, les places couvertes de fientes et d’ordures, le sang avait teint les pavés. Rien de plus dégoutant. » […] Clémencet ne manque pas non plus de souligner le manque de savoir-vivre de certains : « Si nous entrons dans le domicile de chaque particulier, quel spectacle ! Ici est une femme qui se plaint du mauvais traitement qu’elle vient d’éprouver par les coups de chaise qu’elle a reçu d’un brigand militaire indiscipliné et qui n’est pas logé chez elle et qui exige qu’on lui donne du vin. Là, c’est un couple de pareille espèce qui se croit en droit d’exiger dans le milieu de la nuit qu’on lui trouve tout de suite (expression favorite de cette horde) du lait et qu’on lui fasse du café. Dans un autre endroit, on veut avoir des oranges, dans un autre des raisins ou poires ou autres fruits suivant leurs caprices toujours prêts à chercher chicane. […] ». Invasion étrangère veut bien évidemment dire trafics en tout genre et surtout réquisition de biens et de personnes. Clémencet s’indigne ici non seulement de ces réquisitions « Le jour et la nuit, et ce tous les jours, il passe des voitures par cent, par cent cinquante et toujours plus chargées de toutes sortes de comestibles, de métaux, d’étoffes et de cuirs, sans oublier les toiles. », mais aussi de la condition de vie des voituriers en particulier, forcés de faire transiter toutes ces marchandises contournées par et pour l’envahisseur, risquant chaque jour leur vie, se couvrant de honte car travaillant pour l’ennemi, et faisant face à la pauvreté : « Les voituriers qui les conduisent par réquisition et gratuitement, dépensent leur argent en route ou ils sont obligés de rester plusieurs jours. D’où il résulte que leurs familles sont très en peine de savoir où ils sont, ni ce qu’ils sont devenus et il est arrivé que plusieurs qu’ils n’avaient ni chevaux, ni voitures en rentrant chez eux avec des marques de meurtrissures et des plaies pour leur paiement. » L’auteur voit ici une des conséquences désastreuses qu’a pu engendrer la dernière décennie du XVIIIe siècle : « Voilà les fruits d’une maudite Révolution et de la résistance des nobles et du clergé de refuser de venir au secours des besoins publics […] » Dans ses écrits, Clémencet fait part des rumeurs et légendes colportés dans toute la ville et le pays. Il ne manque pas non plus de les alimenter, affichant clairement son hostilité envers ces nouveaux arrivants : d’abord, les Autrichiens sont, selon lui, vecteurs de maladies nouvelles : « D’après tous ces traitements, il y a encore une de leurs manière d’agir dont je crois devoir faire ici mention : c’est ce qu’on appelle en allemand grippe. C’est une épidémie dont une partie des troupes de l’empereur est attaquée […] ». Ensuite, il dénonce leur manière de se comporter en conquérants, et interprète leur drôles habitudes : « Je ne puis vous donner le détail de toutes les finesses, de toutes les manières subtiles dont ils ont agi et agissent chaque jour : ruses, violences, supercheries, toutes les manières sont bonnes pour eux. […] J’observe en passant que ces gens sont grands mangeurs de viande, boivent en pleins verres et sujets au vin. Toujours la pipe à la bouche, fument dans le lit. J’ai craint longtemps qu’ils ne missent le feu au lit ; l’habitude m’a rassurée. Les pieds toujours enveloppés de sales chiffons. Beaucoup ont laissé de la vermine en garnison dans le lit et beaucoup de peine pour le dépouiller. », mais en profite pour souligner une de leur faiblesse bonne à retenir : « Je crois que ces gens craignent une réaction : ils veulent coucher près les uns des autres et toujours dans les appartements au rez-de-chaussée […] ». Malgré tout, il reconnait que, parmi tous les Autrichiens qu’il a pu recevoir dans ses foyers, la plupart s’est assez bien comportée. Il conclut son récit de manières plutôt positive et atténue légèrement son jugement envers eux : « Ces Allemands sous la domination d’armées alliées avec les Russes et les Prussiens, Saxons et autres, ont cru se présenter comme victorieux et conquérants de la France à laquelle ils se sont présenté comme amis. Ils ont été admis comme tels. Ils se sont permis d’ajouter à leurs casques, shakos, et autres coiffures, des branches de différents arbres, mais convaincus que c’était l’usage de faire ces farces-là dans leur pays. Cela a diminué mon indignation contre eux. » Cependant ils restent des ennemis : « Je les ai alors comparé aux mulets de Provence desquels on orne la tête avec les aigrettes des plumes de coqs. »
ER
Source : Archives municipales de Beaune, « Troisième volume du recueil des amusements de Henry Clémencet, tailleur de pierres à Beaune, 1815 »

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