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Charles Cloutier, un homme dévoué à la Chose publique

Parmi les Beaunois ayant donné leur nom à une rue, on trouve Charles Cloutier. Homme représentatif du XIXe siècle, Cloutier s’est engagé sur tous les plans, économique, politique et éducatif et a porté une attention toute particulière à l’enseignement primaire des filles comme des garçons, qu’il soutint toute son existence.
Nicolas Charles Cloutier est né à Beaune le 3 octobre 1842 de l’union de François Cloutier, teinturier et de Marie Estivant, mariés l’année précédente, le 17 août 1841 à Meursanges. Charles Cloutier fait ses études à l’école communale et reprend le métier de son père en devenant à son tour teinturier.
Il se marie le 21 août 1866 à Beaune avec Reine Marie Louis Martin, née à Beaune le 21 août 1846, fille de Louis Martin, meunier à Beaune et de Denise Bailly.
S’il est bien un mot qui peut caractériser Charles Cloutier, c’est celui d’engagement, puisqu’il appartient à de nombreuses associations professionnelles, sociales, culturelles, sportives et devient par ailleurs conseiller municipal.
Issu d’un milieu – Cloutier parle de classe reprenant en cela le vocabulaire de son temps - qu’il considère comme modeste, Charles Cloutier est étonné de côtoyer des personnalités qui forment « l’élite du pays ». Ses écrits reflètent sa volonté de ne pas vouloir se laisser griser par les honneurs et les postes qu’il occupe. Dans son texte du 16 mai 1880, Cloutier emploie le mot « modestie » à plusieurs reprises. S’il considère comme un honneur d’évoluer dans les hautes sphères de la société beaunoise, il ne veut pas oublier ses origines. Dans l’ensemble de ses discours, Cloutier évoque incessamment le travail comme la valeur essentielle permettant de s’élever dans la société.
« Je suis jeune encore, d’une situation commerciale très modeste, je suis arrivé à des honneurs que je n’aurais jamais osé espérer et que beaucoup envient. Je sais gré à mes concitoyens de ces marques d’estime et cependant, elles me font apprécier les jours de mon obscurité . » 16 mai 1880
Charles Cloutier intéresse directement le Centre beaunois d’études historiques puisqu’il fut membre de la Société d’histoire et d’archéologie de Beaune à laquelle il livre quelques articles :
« Louis Beaumarchey », Mémoires de la Société d’histoire et d’archéologie de Beaune, tome VIII, 1883, pp. 149-152.
« Un poète : Pauline Maritoux : analyse des œuvres littéraires », Mémoires de la Société d’histoire et d’archéologie de Beaune, tome IX, 1884, pp.36-41.
« Louis-Emile Pinel de Grandchamp », Mémoires de la Société d’histoire et d’archéologie de Beaune, tome XVIII, 1893, pp.62-71.
Il est également Membre fondateur de la Société de gymnastique La Bourguignonne, Membre du comité de Beaune de l’Alliance Française en 1895 puis président, membre du comité de patronage de l’enseignement secondaire du Collège de Beaune et surtout président de la Société d’Emulation beaunoise (SEB) du 14 décembre 1879 à son décès en 1896. Durant son mandat, la SEB fusionne avec la Société d’encouragement de l’école mutuelle des filles.
Il encourage les installations d’écoles comme celle de Gigny à laquelle la SEB fournit subventions, cartes ou tableaux et porte un grand intérêt pour l’épargne avec la création d’une caisse d’épargne scolaire.
En tant que président de la SEB, il prononce un grand nombre de discours de distribution des prix, dans les écoles de garçons et de filles, qui nous permettent de mieux cerner le personnage. Ses discours ont été rassemblés par sa femme après son décès dans un ouvrage intitulé : Allocutions, rapport et documents divers, imprimé à Beaune par l’imprimerie Arthur Batault en 1897.
Il préside la fête du cinquantenaire de l’Ecole mutuelle de garçons et de la société d’émulation le 21 novembre 1880. A cette occasion, Charles Cloutier dresse un historique des deux structures. Il rend hommage à la bourgeoisie libérale de 1830 à l’origine de la Société. Sous le Second empire, la Société, pas assez docile envers le régime est menacée. Eloge de M. Bartholmot qui prit l’école à sa fondation. Il évoque le devoir d’avoir une conduite irréprochable, un travail fructueux, quel que soit son emploi ou sa classe d’origine.
Ses mots d’ordre sont progrès, études, union, discipline, devoir, patriotisme.
Cloutier plaide pour une complémentarité entre l’enseignement général et l’enseignement manuel qui permet à la fois d’acquérir « des connaissances intellectuelles suffisantes pour se guider dans la vie pratique » et une « dextérité générale » pour un équilibre parfait entre les facultés de l’âme et du corps.
Pour lui, l’instruction est la clef de tout : lors de l’organisation d’une distribution des prix commune pour garçons et filles le 14 août 1888 : il dit « tandis que vous, jeunes gens, avez le devoir de vous préparer dès maintenant aux travaux des champs, du comptoir ou de l’atelier, vous, mesdemoiselles, avez pour mission de devenir de bonnes ménagères, amenant avec l’ordre et la propreté, l’aisance et la joie à la maison. » Pour tous un même but : honneur, travail, servir la patrie, se rendre utile. Pour tendre à ces vertus : il faut en passer par l’instruction. Il cite en exemple les sociétés de gymnastique qui forment une génération « robuste de corps et d’esprit »,la société de tir qui préparent de futurs « soldats adroits et résistants. » , les loges maçonniques et le sou des écoles qui encouragent l’étude des sciences exactes. Il cite également les vignerons de la Fraternelle et les jardiniers en exemple.
Charles Cloutier est un républicain de progrès, le 29 janvier 1892, il prononce un petit discours aux obsèques de Pierre Joigneaux et rend hommage au patriote, au « vieux républicain" , à l’éducateur des campagnes.
De ce républicanisme découle son engagement comme conseiller municipal de Beaune en 1878, chargé notamment de l’étude sur le chemin de fer de Chagny à Auxonne. Il devient premier adjoint au Maire de Beaune le 20 mai 1888.Au cours de ses mandats, il est membre du Bureau de Bienfaisance, de la commission de la Caisse d’Epargne, de la Bibliothèque publique, du Musée, président du Comité du monument Carnot.
Ses idées sont celles d’un monde ouvert à la circulation des biens et des idées. Dans son discours de distribution des prix aux élèves de l’école communale des garçons du 16 août 1882, Cloutier exalte le progrès : « partout des chemins de fer suppriment les distances, rapprochent les individus, la parole est portée instantanément à toutes les extrémités du globe par l’électricité (…) il se fait en tous sens une grande circulation d’idées au profit de l’humanité toute entière. » Il reste des progrès à faire en propageant les « idées de tolérance, de respect réciproque ». . Tout ces progrès sont dus à la science, le principe d’association « qui rend forts les plus faibles », le travail, la persévérance. « chacun doit apporter son grain de sable à l’édifice social (…) un petit rôle cesse d’être petit quand il est bien tenu ».
Si sa vision de la femme reste encore assez convenue, il évolue toutefois dans ses discours : « avec les droits nouveaux, avec la liberté, les devoirs (…) c’est qu’il me semble que, plus nous avançons, plus le rôle de la femme prend d’importance dans la société moderne ; elle est de plus en plus la collaboratrice de l’homme et, en définitive, pour elle aussi les horizons, les responsabilités s’agrandissent (…) » écrit-il en 1889
Sur le plan économique, Charles Cloutier joue également un rôle important à Beaune puisqu’il est membre puis Président de la Chambre de Commerce de Beaune en 1894. Il travaille sur les questions économiques et fournit notamment en 1888 un projet de réforme de la loi sur les brevets d’invention qui fut transmis au Ministère du Commerce et de l’Industrie. Cloutier élabore et rédige la synthèse d’un Questionnaire relatif à la durée de la journée de travail en 1890. En 1895, il rend un rapport sur le projet de loi relatif à la responsabilité des accidents dont les ouvriers sont victimes dans leur travail et à l’organisation de l’assurance obligatoire. Cloutier est aussi président du Tribunal de Commerce en 1889
Il s’intéresse également à la reconstruction du vignoble à la suite de la catastrophe phylloxérique. En 1893, il rend hommage à la Société vigneronne pour son rôle dans la lutte contre le phylloxéra et la reconstitution du vignoble. Il évoque la mondialisation des échanges malgré les barrières douanières, y compris en matière viticole : « jeunes viticulteurs et jeunes négociants, vous aurez le globe entier pour clientèle. » S’en suit un plaidoyer pour l’apprentissage des langues étrangères puisque « Le Français est trop souvent inférieur en cette matière ». Lors de la distribution des prix à Gigny le 13 août 1894, il évoque l’épreuve du phylloxéra : « cette épreuve a contribué à l’élévation intellectuelle de tous les ouvriers de la vigne et du vin. Autrefois, on piochait la vigne sans autre préoccupation que celle du mal pouvant résulter de la gelée, de la coulure, de la grêle ; on exécutait tous les ans le même travail, de temps immémorial, machinalement, sans effort de pensée, sans études scientifiques. Aujourd’hui, que voyons-nous ? Des vignerons transformés qui, pour bien opérer, ont du sortir du pays afin d’acquérir une certaine expérience ; des vignerons qui sont devenus quelque peu botanistes, greffeurs, arboriculteurs, géologues, même chimistes. »
Resté fidèle à son métier, Charles Cloutier est président de la société des teinturiers de l’Est de la France et président d’honneur de la Chambre syndicale des teinturiers lyonnais.
Charles Cloutier décède le 6 mai 1896 à Beaune à l’âge de 54 ans. La liste de ses engagements est longue et l’étude de ses discours serait à approfondir afin de dégager davantage les grandes lignes de sa pensée qui s’inscrit clairement dans la pensée progressiste d’un XIXe siècle industrieux et attaché à la propagation de l’enseignement.
Sonia Dollinger, Archives municipales de Beaune

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